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  • : je me présente sur mon site internet : www.meslivres.net
Lundi 14 avril 2008

éditions Gallimard

L'auteur se met en scène avec des épisodes réels de sa vie et nous fait partager ses pensées et ses souvenirs lors de l'enterrement de Romain, un ami cher et précieux. Il y a des réflexions sur le sens de notre passage sur terre, sur les liens que nous tissons, sur notre place dans l'univers. Le tout écrit d'une plume très alerte. C'est agréable à lire et en même temps assez profond.
GL

Tous ses amis, tous ses proches se retrouvent pour enterrer Romain. Il a beaucoup compté dans la vie de nombre de ceux qui sont là. Plusieurs se connaissent entre eux. L'auteur retrace des événements marquants de leurs vies à tous. Cela nous fait visiter des pages de notre histoire récente du XXe siècle.

Il avait un don assez rare : c'était d'enchanter la vie. Hommes, femmes, enfants, animaux familiers, fonctionnaires des douanes ou des télécommunications, professeurs de métaphysique et vendeuses de supermarché, tous ceux qui l'avaient rencontré, ne fut-ce qu'une fois, ne l'oubliaient jamais.

Je l'avais ébranlé. Je lui avais rapporté la formule d'un rabbin qui m'avait beaucoup frappé et qui le frappa aussi : "Ce qu'il y a de plus important, c'est Dieu. Qu'il existe ou qu'il n'existe pas."

Tout ce qui fait semblant d'être ne cesse de s'en aller. Et rien de ce qui a été ne peut être effacé.

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Lundi 14 avril 2008

éditions Albin Michel

Nous partageons les pensées quotidiennes de Lucie, vieille femme solitaire qui vit entre hier et aujourd'hui. Les époques se mélangent. Ce livre nous fait entrer avec beaucoup de tact et de délicatesse dans l'univers d'une personne souffrant de troubles psychiques, même si jamais aucun nom de maladie n'est prononcé. C'est beau et je le conseille en particulier aux personnes dont un membre de la famille a une maladie de type alzheimer.
GL

Dans un petit village au coeur du Morvan, Lucie remplit avec nous sa grille de mots croisés. Chaque définition l'emporte vers des pensées, des attentes, des commentaires sur son entourage... La vie coule lentement, emmêlant hier et aujourd'hui. Lucie vit paisiblement avec ses souvenirs et son quotidien confus.

L'horloge vient de sonner la demie. Un coup, puis ce petit choc du mécanisme, le temps regagne son silence. Toujours la même demie. ça pourrait être n'importe quel jour, n'importe quelle heure, n'importe quelle année, elle ne fait pas de différence.

Il en met du temps, Martin. Pourtant la route n'est pas si longue. Je la connais par coeur, je peux refaire tout le trajet dans ma tête. D'abord, en quittant nos sapins, il faut emprunter un chemin de terre. On est entouré par des arbres, les chênes, les noisetiers, toutes ces branches entrelacées qui s'agitent sous la brise. Bien sûr, en ce moment, il fait un peu froid, mais l'été... Un tel plaisir. On n'a plus envie de partir, on est étourdi par ce vent, attiré par le ciel qui semble si près.

J'ai tout noté sur un papier que j'ai punaisé au centre du panneau, par-dessus tous les autres messages : je suis certaine de ne pas me tromper, n'est-ce pas ?

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Lundi 14 avril 2008

éditions Gallimard

J'aime beaucoup les livres de Christian Bobin. Celui-ci m'a particulièrement touchée car l'auteur s'y livre "à nu", sans le voile du roman. Il nous est d'autant plus proche. GL

Le contenu : il s'agit d'entretiens avec Lydie Dattas mais celle-ci a gommé ses questions. Reste les paroles de Christian Bobin. Profondes, s'efforçant d'exprimer sa vérité. Il parle de ce qui l'émerveille, de ce qui l'ouvre à la joie... sans cause, des auteurs qu'il aime, de ceux qu'il n'aime pas, de sa démarche d'écrivain qui parfois se fait piéger...

Extraits :

Dans l'amour, bien souvent, on est dans le temple noir de l'idolâtrie.

Il y a cette abeille Rumi (poête souffi du XIIIe siècle, ndlr), gorgé de pollens et de sucs, qui a trouvé le chemin des parfums et qui revient le dire, indiquant le chemin en dansant. Je n'ai pas trouvé comme lui le pré aux mille fleurs, mais je regarde cette abeille qui a la bonté de revenir à la ruche pour prévenir les autres abeilles afin qu'elles le trouvent aussi.

Trouver sa voix est beaucoup plus difficile qu'on le croit. Ce qui fait grandir, c'est cette voix-là, quand elle est tenue. L'entendre suffit pour disqualifier une grande partie de ce qui se publie et qui a un ton lâche par veulerie, par séduction, ou par un affreux mélange des deux. Pour moi, violence et douceur ne sont pas séparables. Rien n'est plus tendre qu'une patte d'un chat, mais un chat sans griffes n'est plus un chat.

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Lundi 14 avril 2008

S’il est un auteur qui n’a pas besoin d’un coup de pouce, c’est bien John Grisham. Ses romans se vendent par millions. Cependant, si c’est un bon écrivain, pourquoi ne pas le dire ?
John a deux cordes à son arc : le roman d’horreur et le roman à suspense mettant en scène des juristes. Je mentionne la première corde, en particulier " La Crypte " par acquis de conscience. En effet, " La Crypte " n’est pas seulement un roman d’horreur, c’est aussi un roman fantastique et, comme toujours dans ces cas-là, il faut admettre un certain nombres de prémisses plus farfelues les unes que les autres. Pour " La Crypte " il s’agit d’un homme immortel… à condition qu’il dévore périodiquement le cœur d’un être humain "ordinaire". On s’en lasse vite.
Les romans de juristes, par contre, puisent dans l’expérience vécue de JG. " Le Client ", histoire d’un jeune garçon témoin d’un suicide et pourchassé par la Mafia est mené de main de maître. C’est un récit atmosphérique, haletant que l’on a du mal à lâcher, même quand il faudrait absolument aller faire autre chose. Il y en a deux autres que je n’hésiterai pas à appeler "existentialistes" dans le meilleur sens du terme. Comme dans " La Puissance et la Gloire " ou " Les Comédiens " de Graham Greene (le plus existentialiste des écrivains anglais) " La Firme " et surtout " La loi du plus faible " montrent le sursaut moral du personnage principal, le recouvrement de sa dignité personnelle, même au prix de sa carrière et peut-être de sa vie.
Donatien Moisdon

Dans " La Loi du plus faible ", le meilleur de tous à mon avis, un jeune et brillant juriste découvre, tout à fait par accident, le monde des pauvres et des déshérités. Aucun sentimentalisme raciste ou anti-raciste dans ce roman : ce n’est pas parce que le héros (blanc) se retrouve dans le monde des Noirs de Washington que les Noirs deviennent soudain des petits anges. Loin de là. Seulement, il y a des torts à redresser, "des choses à faire" et il les fait. Il vole un fichier compromettant pour son ancienne firme. Naturellement, il est mis à la porte puis menacé de poursuites et autres conséquences encore plus sinistres. Jérome Carcopino disait qu’il n’y a que deux romans : l’Iliade et l’Odyssée, la bataille et le voyage. " La Loi du plus faible " est un savant mélange des deux ; le voyage étant, bien entendu, un voyage intérieur.

La fin est sublime. On croit le roman terminé mais voici qu’arrive un coda, un hymne à l’optimisme et au fait que le bien peut, parfois, triompher du mal.

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Lundi 14 avril 2008

éditions du Seuil

Un livre étonnant. On peut interpréter ce qui est raconté de toutes sortes de façons : relations entre hommes et femmes, entre cultures différentes, entre personnes de niveaux de conscience différents... Les différents mondes s'enrichissent au contact les uns des autres même si c'est loin d'être évident au début. L'histoire parle aux couches profondes de notre être et elle continue de cheminer quand on a terminé sa lecture. Le livre est malheureusement sans doute épuisé.  
GL

L'histoire se passe dans un monde partagé en plusieurs zones, correspondant chacune à un niveau de développement social et spirituel différent. Tous les habitants de ces zones obéissent aux mêmes "Pourvoyeurs" qui interviennent rarement. Le récit débute au moment où des difficultés apparaissent en zones trois et quatre et où les Pourvoyeurs demandent à la reine de la zone Trois, (zone très développée spirituellement) et au roi de la zone Quatre (zone rustre, portée à la guerre) de se marier.

 

Elle ne se sentait plus maintenant désemparée devant des abaissements d'elle-même qu'elle ne pouvait contrôler ou diriger : elle était portée, elle était réconfortée, elle savait qu'en dépit de tout, tous deux faisaient, effectivement, ce qu'il convenait...

Comme d'habitude, il fallut que ce soit ce qui les différenciait qui les frappe tout d'abord : tous les deux, à comparer les longues journées qu'ils avaient passées à s'interroger, à l'un à l'autre se manquer, à se désirer, ce qu'était l'autre dans sa réserve têtue, ils n'éprouvèrent alors qu'une manière d'épuisement complet.

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Lundi 14 avril 2008

auto-édité

Quel trouble dans la similitude de l'arrière petite fille avec son arrière grand-mère, quel étrange sentiment. L'histoire se répète-t-elle donc toujours ?
Patrick Joly

Histoire de femmes d'une même famille. Les pérégrinations, au fil des générations (1890-1980), d'une arrière grand-mère et de son arrière petite-fille.  Adèle ressemble tellement à Rose

Ta grand-mère montait Duchesse, tu la connais je crois ? Je l'ai peinte à plusieurs reprises. Grise pommelée avec des crins d'une longueur incroyable. Le propriétaire n'avait jamais voulu lui faire la crinière. Combien de fois ils se sont accrochés à ce sujet tous les deux. Ta grand-mère était têtue, c'est le moins que l'on puisse dire, alors dès qu'elle la prenait, elle lui tressait les crins. Sa silhouette d'amazone en noir sur cette jument grise...

- Tu remarqueras que je n'ai pas souligné son oeil. A chaque fois que je l'ai peinte, j'ai essayé de nier son handicap. Pourtant elle n'en était pas moins belle. Non au contraire elle avait une profondeur et elle rayonnait d'une beauté intérieure que je n'ai jamais retrouvée chez aucune autre femme.

Elle hérita ainsi de toute l'histoire simple et belle de sa famille. Elle prit dans ses bras l'amour d'un couple, le respect d'un peintre, la connivence d'une belle-fille avec sa belle-mère et les liens puissants qui unissaient un fils à sa mère. Tout était sur la toile. Il suffisait d'apprendre à regarder la finesse des traits et les expressions des trois chevaux.

plus sur ce livre : http://ab.joly.free.fr/livres/singuliere_fiche.html (adresse de la fiche signalétique du roman sur le site de l'auteur).

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Lundi 14 avril 2008

(traduit en français par "Nos vies antérieures", éditions J'ai lu, poche)

Je viens de terminer Many Lives, many Masters de Brian Weiss. J’y vois une manifestation typique de l’esprit de notre temps. Nous n’avons pas, comme le prédisait Auguste Comte au XIX° siècle, atteint l’âge du positivisme. Nous avons, par contre, atteint l’âge de la recherche spirituelle honnête, c’est à dire de celle qui avoue son ignorance, n’invente pas ce qu’elle ne sait pas, ne prétend pas tout savoir et n’essaie pas de s’imposer par la force et la persécution. Comme le disait déjà Socrate : Tout ce que nous savons c’est que nous ne savons rien.
Donatien Moisdon

Le sujet porte à controverse : la réincarnation ! Brian Weiss essaie de trier l’ivraie du bon grain. L’ivraie, c’est, en général, ceux et celles qui disent se souvenir d’avoir été Druide, Reine ou Empereur. C’est encore pire lorsqu’ils nomment une personne célèbre de l’Histoire. Cléopâtre, Jeanne d’Arc et Hannibal sont de grands favoris. Brian Weiss accorde beaucoup plus de crédibilité à ceux qui, sous hypnose (et sous hypnose seulement) mentionnent des vies antérieures plus humbles : servante dans une grosse maison bourgeoise, femme de fermier, simple soldat…

Voici deux passages qui m’ont frappé :

The steady day-in and day-out pounding of undermining influences, such as a parent’s scathing criticism, can cause even more psychological trauma than a single dramatic event. A constantly criticised child can lose as much confidence and self-esteem as one who remembers being humiliated on one particularly horrifying day.

Le ressac journalier de remarques qui sapent la confiance, tel que les critiques cinglantes d’un parent, peuvent causer encore plus de traumatisme psychologique qu’un incident familial isolé. Un enfant qui est constamment critiqué peut perdre confiance en lui-même et l’estime de lui-même tout autant qu’un autre qui se souvient d’avoir été humilié au cours d’une journée horrible. 

En quoi cela peut-il se rapporter à la réincarnation ? Tout simplement parce que Brian Weiss se demande si les expériences traumatisantes, qui provoquent souvent des cauchemars, ne remontent pas au-delà de l’enfance et ne prennent pas racine dans des existences précédentes.

She lived in the world of everyday details, oblivious of the genius within her.

Elle habitait le monde de la vie de tous les jours et n’avait pas conscience du génie qui l’habitait.

J’aime beaucoup la parabole du diamant qui est le même pour tous mais dont les facettes sont plus ou moins salies selon les individus. On dit souvent de quelqu’un : "Il est son pire ennemi". C’est sûrement vrai mais cela s’applique à tout le monde. Brian Weiss redécouvre ainsi quelques principes essentiels du bouddhisme : l’égalité intrinsèque de tous les êtres humains mais leur inégalité dans la recherche du bien et du vrai.

Maintenant, j’aimerais beaucoup lire Only Love is real ("Il n'y a que l'amour", ed J'ai lu)

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Lundi 14 avril 2008

éditions Points (poche)

Un document extraordinaire, le journal d'une jeune femme juive, entre 1941 et 1943. Sa vie bouleversée nous bouleverse, autant par l'acceptation de son destin que par la richesse et la splendeur de sa vie intérieure qui se développe au cours de ces années tragiques.
GL

Etty a 27 ans, elle est hollandaise et juive, se destine à une carrière littéraire. Elle suit une thérapie originale qui la conduit à une connaissance d'elle-même et à une vie intérieure de plus en plus profonde. Elle s'ouvre à une spiritualité très personnelle, toujours en mouvement, toujours vécue. Elle connaît les rejets et les interdits de plus en plus féroces qui sont imposés aux juifs. Elle finit sa vie en camp de déportation, d'abord pour aider les autres prisonniers, puis comme déportée. Elle mourra gazée à Auschwitz.

Extraits :
 
Il faut laisser les choses pour ce qu'elles sont, au lieu de vouloir les hisser à des altitudes impossibles ; et c'est en les laissant être ce qu'elles sont qu'on leur permet de déployer enfin leur valeur véritable. Partir d'un absolu qui n'existe pas et que de surcroît on ne veut pas vraiment, c'est s'interdire de vivre la vie dans ses véritables dimensions.

L'essentiel est d'être à l'écoute de son rythme propre et d'essayer de vivre en le respectant. D'être à l'écoute de ce qui monte de soi. Nos actes ne sont souvent qu'imitation, devoir supposé ou représentation erronée de ce que doit être un être humain. Or la vraie certitude touchant notre vie et nos actes ne peut venir que des sources qui jaillisssent au fond de nous-mêmes. Je le dis en cet instant avec beaucoup d'humilité et de gratitude et je le pense profondément (même si je sais que tout à l'heure je serai redevenue rebelle et écorchée vive) : "Mon Dieu, je te remercie de m'avoir faite comme je suis. Je te remercie de me donner parfois cette sensation de dilatation, qui n'est rien d'autre que le sentiment d'être pleine de toi."

... et toujours je sens monter dans mon coeur - je n'y puis rien, c'est ainsi, cela vient d'une force élémentaire - la même incantation : la vie est une chose merveilleuse et grande, après la guerre nous aurons à construire un monde entièrement nouveau et, à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle cruauté, nous devons opposer un petit supplément d'amour et de bonté à conquérir sur nous-mêmes. Nous avons le droit de souffrir, mais non de succomber à la souffrance.

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Lundi 14 avril 2008

éditions J'ai lu (poche)

Le récit d'un homme libre qui a entraîné sa femme et sa fille bébé dans un voyage impossible. Dans des conditions extrêmes, dans la douleur et la beauté, ce voyageur rejoint ce qui compte pour lui, ce qu'il est, en harmonie avec la nature. C'est une aventure étonnante et émouvante.
GL

Nicolas Vannier, explorateur du grand Nord, est parti pendant 6 mois avec sa femme Diane et leur fille Montaine (18 à 24 mois) dans le nord des Rocheuses aux Etats Unis puis dans le Grand Nord, sur la banquise. Une aventure incroyable. L'expédition a été souvent très très dure mais ils ont tenu le coup. Ils sont seuls dans des paysages de beauté extrême avec des températures de -45°...

Je suis dans la montagne et la montagne est en moi, je deviens transparent comme du verre à la beauté qui m'environne et je m'en imprègne avec délectation. Une rare volupté m'habite et me rend réceptif au moindre souffle de vent. Je reçois les odeurs et les lumières avec une extrême et délicieuse concentration des sens.

Nous ne sommes plus des spectateurs mais bien des acteurs de cet environnement avec lequel nous vivons en harmonie. Nous ne sommes plus dans la forêt, nous sommes avec la forêt, nous nous y sentons à notre place. Dans la nature, l'homme aura toujours une place, à condition de respecter l'équilibre, ne prélevant que sa part et protégeant le reste en faisant preuve d'intelleigence. Le respect, voilà bien le maître mot. Respect et équilibre.

Pourquoi sommes nous devenus si fous ? Je m'interroge sur cet équilibre, cette harmonie dont l'homme s'est privé pour soi-disant progresser. Le fameux "progrès" sous l'alibi duquel l'humanité n'a fait que montrer son incapacité à prendre soin de sa maison : la Terre. (...) Le monde avance trop vite. La route du progrès est jonchée de cadavres. Il est temps de penser différemment et d'agir en conséquence.

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Lundi 14 avril 2008

éditions Jean-Claude Lattès

Récit autobiographique d'une femme libre de notre époque. Une française blanche, élevée en Afrique, qui se sent autant française qu'africaine. Une femme qui a su écouter ses désirs profonds et assumer ses choix audacieux. Elle nous ouvre les portes d'une chefferie traditionnelle au Cameroun : une culture, une éducation, un mode de vie passionnants !
GL

L'histoire :
Claude Njiké-Bergeret est née en 1943. Elle a vécu en Afrique, au Cameroun, depuis sa plus tendre enfance, ses parents sont des pasteurs protestants. Petite fille, elle a baignée dans les deux cultures, française et camerounaise, et elle s'est toujours sentie africaine. A l'adolescence, elle est rentrée en France poursuivre ses études. Elle s'est mariée, a eu deux enfants, a divorcé, a obtenu un diplôme universitaire de géographie... Et un jour, elle décide de repartir vivre au Cameroun, en pays Bangangté, le pays de son enfance. Elle y obtient un travail. Elle tombe amoureuse d'un chef africain polygame et l'épouse en secret. Elle partage la vie d'une quarantaine de co-épouses. Elle connaîssait déjà la vie de la chefferie et elle y trouve sa place. Depuis le décès de son mari, elle continue de vivre là-bas, sur ses terres.

Extraits :

Bien plus tard, quand je vivrai au sein de la chefferie, je comprendrai enfin la réalité de l'éducation traditionnelle. Elle n'est faite que d'amour, de respect et de liberté. Dès la naissance, les parents appellent le nourrisson "papa" ou "maman" comme pour lui montrer déjà qu'il est le maillon d'une lignée le reliant aux ancêtres. Jamais on ne bouscule un enfant. Un petit coup de gueule de temps en temps, une tape, guère plus. On préfère l'amener à s'éveiller par lui-même (...) Un adulte ne lui donne jamais un ordre mais lui suggère d'apporter son aide, de rendre un service, comme à un ami. (...) L'enfant apprend que la vie est un jeu. Il joue à vivre.

Observer l'intérieur d'une chefferie africaine était une expérience exceptionnelle pour l'universitaire aixoise que j'étais encore. Ce qui me frappait, c'était l'assistance. La pauvreté de leurs vêtements semblait ne leur donner aucun complexe. Ils intervenaient volontiers dans la conversation et il leur arrivait de rire plus fort que les deux chefs. Bien sûr, ils avaient à leur égard des gestes d'un grand respect mais sans rien d'ostentatoire, ni d'emprunté.

Tout ce que je peux affirmer pour l'avoir vécu, c'est que l'amour peut exister entre une femme et un homme qui en a épousé d'autres. Et que l'amitié peut être profonde entre cette femme, ses co-épouses et leurs enfants (...) Oui j'ai aimé cette vie, j'appartenais de tout coeur à cette grande famille dont je partageais les travaux, les joies, les peines. Une famille, pas une masse indistincte, pas des numéros. Nous gardions toutes notre indépendance dans les choix de nos proches, de nos activités ou même, si nous le désirions, dans la solitude. Car cette vie communautaire ne gommait pas la personnalité de chacune. Au contraire, tout allait dans le sens d'un épanouissement de l'individu. Quant à la jalousie amoureuse, je l'ai toujours ignorée. Aucune de mes co-épouses ne m'apparaîssait comme une "rivale" dans le coeur de notre mari. Il n'y avait pas de rivalité. Jamais je n'ai senti la moindre amertume quand il était avec une autre, jamais non plus quand une nouvelle femme, définitive ou occasionnelle, arrivait parmi nous.

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