éditions Jean-Claude Lattès
Récit autobiographique d'une femme libre de notre époque. Une française blanche, élevée en Afrique, qui se sent autant française
qu'africaine. Une femme qui a su écouter ses désirs profonds et assumer ses choix audacieux. Elle nous ouvre les portes d'une chefferie traditionnelle au Cameroun : une culture, une
éducation, un mode de vie passionnants !
GL
L'histoire :
Claude
Njiké-Bergeret est née en 1943. Elle a vécu en Afrique, au Cameroun, depuis sa plus tendre enfance, ses parents sont des pasteurs protestants. Petite fille, elle a baignée dans les deux cultures,
française et camerounaise, et elle s'est toujours sentie africaine. A l'adolescence, elle est rentrée en France poursuivre ses études. Elle s'est mariée, a eu deux enfants, a divorcé, a obtenu un
diplôme universitaire de géographie... Et un jour, elle décide de repartir vivre au Cameroun, en pays Bangangté, le pays de son enfance. Elle y obtient un travail. Elle tombe amoureuse d'un chef
africain polygame et l'épouse en secret. Elle partage la vie d'une quarantaine de co-épouses. Elle connaîssait déjà la vie de la chefferie et elle y trouve sa place. Depuis le décès de son mari,
elle continue de vivre là-bas, sur ses terres.
Extraits :
Bien plus tard, quand je vivrai au sein de la chefferie, je comprendrai enfin la
réalité de l'éducation traditionnelle. Elle n'est faite que d'amour, de respect et de liberté. Dès la naissance, les parents appellent le nourrisson "papa" ou "maman" comme pour lui montrer déjà
qu'il est le maillon d'une lignée le reliant aux ancêtres. Jamais on ne bouscule un enfant. Un petit coup de gueule de temps en temps, une tape, guère plus. On préfère l'amener à s'éveiller par
lui-même (...) Un adulte ne lui donne jamais un ordre mais lui suggère d'apporter son aide, de rendre un service, comme à un ami. (...) L'enfant apprend que la vie est un jeu. Il joue à
vivre.
Observer l'intérieur d'une chefferie africaine était une expérience exceptionnelle
pour l'universitaire aixoise que j'étais encore. Ce qui me frappait, c'était l'assistance. La pauvreté de leurs vêtements semblait ne leur donner aucun complexe. Ils intervenaient volontiers dans
la conversation et il leur arrivait de rire plus fort que les deux chefs. Bien sûr, ils avaient à leur égard des gestes d'un grand respect mais sans rien d'ostentatoire, ni d'emprunté.
Tout ce que je peux affirmer pour l'avoir vécu, c'est que l'amour peut exister entre
une femme et un homme qui en a épousé d'autres. Et que l'amitié peut être profonde entre cette femme, ses co-épouses et leurs enfants (...) Oui j'ai aimé cette vie, j'appartenais de tout coeur à
cette grande famille dont je partageais les travaux, les joies, les peines. Une famille, pas une masse indistincte, pas des numéros. Nous gardions toutes notre indépendance dans les choix de nos
proches, de nos activités ou même, si nous le désirions, dans la solitude. Car cette vie communautaire ne gommait pas la personnalité de chacune. Au contraire, tout allait dans le sens d'un
épanouissement de l'individu. Quant à la jalousie amoureuse, je l'ai toujours ignorée. Aucune de mes co-épouses ne m'apparaîssait comme une "rivale" dans le coeur de notre mari. Il n'y avait pas
de rivalité. Jamais je n'ai senti la moindre amertume quand il était avec une autre, jamais non plus quand une nouvelle femme, définitive ou occasionnelle, arrivait parmi nous.