éditions Actes Sud/Leméa
Grâce à un atelier de lecture, j'ai découvert cette mine de réflexion et je n'ai pas fini de l'exploiter. "La vieillesse, dit l'auteur,
c'est que plus personne n'a besoin de vous..." J'entends une amie de 86 ans, si jeune dans sa tête et dans son coeur, me confiant : "Il faut que je fasse attention. Mes trois filles sont
grand-mères. Je ne dois pas être pesante pour elles".
Gisèle Relange
Rechercher les critères de choix d'une maison de retraite et décider
d'entrer soi-même ou d'aider un parent à y entrer, imaginer ou observer la vie dans une telle maison avec son réseau de relations de tous ordres... Si vous avez déjà été impliqué dans une telle
situation, si une réflexion sur le rapport mère-fille, l'inversion des rôles vers la fin de la vie, la solitude de la vieillesse, la vulnérabilité de la femme seule ou de celle qui est devenue
veuve, le respect de la personne, surtout quand elle est diminuée par l'âge ou la maladie, la vie dans nos campagnes d'autrefois... Si tout cela vous intéresse, alors cela vaut vraiment la peine
que vous lisiez ce livre.
L'auteur, parlant à la première personne, évoque les dernières années de la vie de sa mère. Elle nous fait comprendre ses joies, ses lassitudes,
ses irritations, sa volonté de bien faire, l'ambivalence de ses relations avec sa mère.
Avec la précision d'un entomologiste, elle va au fond des choses. L'événement, le prétexte le plus anodin en apparence lui sert de point de
départ pour décrire et tenter d'expliquer, de comprendre les mécanismes qui sous-tendent les réactions de sa mère et les siennes propres. Le moindre objet va aussi l'entraîner à faire revivre
devant nous tout un monde.
Quand elle parle de son écriture, elle précise que ce n'est pas un puits où l'on s'enfoncerait mais "l'espace, gambader, explorer". Elle tricote
avec un art consommé tous les thèmes de son livre. J'ai été saisie par cette lecture à laquelle je n'ai pu m'arracher du début à la fin. La justesse du ton me donnait l'impression d'avoir été
moi-même, selon les cas, acteur ou témoin des scènes décrites, des relations évoquées, des réactions notées. J'étais émue de certaines scènes dont j'aurais pu nommer les acteurs, les lieux. Ses
indignations étaient les miennes : "Allez les mamies..." Où est le vieillard ? Où est la personne ?
A la justesse du ton, vient s'ajouter l'art de l'écrivain qui utilise des formes jeunes. Le rythme est enlevé avec des scènes campées comme au
théatre. Il y a des trouvailles. Ainsi : la vieille mère est invitée chez son fils. elle cherche à faire bonne figure. "La reine est de retour... La belle maison devenue maison vassale..."
Certaines scènes sont savoureuses : quand, cédant à sa fille, elle accepte de consulter un médecin, elle "renverse les positions... et se fait conseillère du médecin en le transformant en un
jeune homme doué mais encore innocent quant aux choses de la vie... Elle rétablit l'équilibre des forces, elle n'est plus un être diminué dans les loques de la vieillesse, elle revient d'égal à
égal dans le champ des humains, reprenant... le terrain perdu par son déclin physique".